06 septembre 2008
Carte Blanche à Thierry Cazals

Nom ? Cazals Thierry
Vivez-vous de l’écriture? Sinon, quel métier exercez-vous ? Oui, j’ai cette chance, depuis quelques années. Pour cela, parallèlement à la publication de mes livres, j’anime des ateliers d’écriture pour adultes et enfants (ateliers centrés le plus souvent sur la pratique du " haïku ", bref poème d’origine japonaise)…
Votre formation ? Ma vie n’est pas une autoroute toute droite, mais une spirale dont le point central s’est dévoilé peu à peu. Après un Bac scientifique, un diplôme de Sciences Politiques, un doctorat de sociologie (sur la science-fiction), j’ai fait un long détour par le 7ème Art, comme journaliste aux Cahiers du Cinéma, puis scénariste… Le point commun à toutes ces expériences : le désir de traverser le miroir des apparences…
À quel "héros"/ personnage de fiction vous identifierez-vous volontiers ? Adolescent, je m’identifiais volontiers à " l’idiot " de Dostoïevski ou à K., le géomètre du " Château " de Kafka. Aujourd’hui, je me sens plus proche des personnages des dessins animés de Miyazaki.
À part être écrivain, que rêveriez-vous d'être ? Compositeur de musique. Vu l’ambiance sonore insipide dans laquelle on baigne actuellement, il y aurait du boulot !
Où écrivez-vous? Quel est le lieu qui vous inspire le plus ? J’écris quand je me sens disponible. Ce n’est pas lié à un lieu, un emplacement extérieur, c’est plus une question de respiration intérieure. Je pourrais écrire dans une chambre de 5 mètres carré, mais j’ai besoin d’avoir beaucoup de temps devant moi.
Quel est le thème que vous aimez davantage traiter ? L’exploration des mondes intérieurs. La beauté fragile du métier d’être humain.
Quel est votre outil favori ? J’utilise tous les outils d’écriture : feutre à pointe fine, stylo plume, crayon à papier, ordinateur dernier cri et même un porte-plume trempé dans un flacon d’encre de Chine… Chacun a son propre rythme, sa propre magie.
Que redoutiez-vous enfant ? La perte de liberté.
Vous arrive-t-il de côtoyer des êtres imaginaires ? Je trouve que la quasi totalité des personnes que je croise dans la réalité ordinaire vivent en fait — sans le savoir — dans une bulle artificielle imaginaire. Un imaginaire, il est vrai, qui manque souvent d’imagination.
Qu'avez-vous conservé de l'enfance ? L’amour de la liberté et l’ahurissement devant les merveilles de la Nature.
Selon vous, qu'est-ce qui fait vendre un livre ? Pour 90 % des cas, ce sont de mauvaises raisons : effets de mode, fausses idoles, lecteurs-moutons de Panurge qui se ruent dans les précipices de la platitude médiatisée… Restent les 10 autres % : les livres qui prennent des risques et creusent des tunnels dans le béton de nos habitudes, les livres écrits en dehors de tout calcul commercial et qui répondent à une vraie nécessité intérieure… Il faut parfois du temps, mais ces livres essentiels finissent tôt ou tard par rencontrer leur public.
Selon vous, qu’est-ce qui fait un bon illustrateur? La capacité à faire pétiller le regard du lecteur, à le désengluer des images stéréotypées qui encombrent sa cervelle. Il faut que l’image soit une porte sur le rêve et non un simple balisage visuel des mots du livre.
Comment avez-vous rencontré les illustrateurs avec qui vous avez travaillé? Pour Zaü, comme pour Maurizio Quarello, c’est un choix des éditeurs. J’ai rencontré ces illustrateurs après que le livre soit imprimé. Et je dois dire que je n’ai pas été déçu. Les images des vrais illustrateurs ne trichent pas. Elles expriment exactement la personne qui est derrière le pinceau ou le crayon. Pour Julia Chausson, dont j’admire le travail de gravure, c’est le libraire Pierre Akian qui est à l’origine de la rencontre. J’étais en train de dédicacer mes livres dans sa librairie (La Virgule - Paris 17ème). Quelqu’un m’a montré un album de cette illustratrice : cela m’a donné envie de lui proposer de travailler sur divers projets…
Est-ce que la relation auteur/illustrateur est difficile? Pour l’heure, je n’ai eu que de bonnes expériences avec les illustrateurs de mes livres. Une totale complicité s’est instaurée rapidement, sans avoir besoin de passer par des montagnes de mises au point et d’explications. Les éditeurs m’ont parfois montré des crayonnés pour que je puisse donner mon avis en amont du travail des illustrateurs. Mais dans l’ensemble, je n’ai pas eu besoin de superviser leur travail. On était sur la même longueur d’ondes. Par contre, au vu de mon expérience, je trouve les éditeurs souvent trop formatés et trop frileux, notamment, au niveau des textes. Ils ont une idée préconçue de ce qui est compréhensible ou pas par les enfants. Ils sont parfois plus intéressés par faire de " bons coups " éditoriaux que de bons livres…
Quel qualificatif vous colle à la peau ? Indépendant et obstiné. J’aimerais croire que ce n’est pas qu’un défaut.
Si vous ne deviez choisir qu'un de vos textes pour vous représenter, quel serait-il et pourquoi? Ne voulant pas être long, je citerai un haïku extrait de mon premier livre, " Le rire des lucioles " (Opale éditions) :
Premier rêve de l’année
Je l’ai gravé sur un bout de bois
Et partagé avec le feu
Quel est l'animal auquel vous ressemblez le plus ? Pourquoi ? Le héron. Attendre, attendre longtemps, avant de capturer le mot juste.
Quel est le mot que vous préférez dans la langue française ? Je les aime tous, même les plus biscornus, les plus maladroits. J’ai un faible pour le mot " visage ", admirable de limpidité. L’un de mes livres s’intitule d’ailleurs " Visage de la neige " (éditions l’épi de seigle). " Olga et les masques ", album paru chez Sarbacane fin 2007, s’intitulait à l’origine : " La petite fille qui avait perdu son visage "…
Si vous êtes édité, quelle est votre dernière sortie pour la jeunesse ? " Olga et les masques ", un conte en album grand format illustré par Maurizio Quarello (éditions Sarbacane). Et " Monsieur Truc ", avec des gravures de Julia Chausson (aux éditions de la Renarde Rouge). Je suis très fier de ces deux livres.

Comment est né votre premier livre pour la jeunesse? Un éditeur (François David, des éditions Motus) m’a contacté un jour par courrier. Il avait lu certains de mes haïkus pour adultes sur un site Internet et tenait à me dire qu’il avait été touché. C’est très rare : les éditeurs, en général, n’écrivent jamais aux auteurs peu connus. Plus d’un an est passé avant que je lui envoie un recueil de poèmes brefs pour enfants. Ainsi est né " Le petit cul tout blanc du lièvre ", il y a maintenant 5 ans.
Quel livre en littérature de jeunesse auriez-vous voulu écrire ou réaliser à la place d'un autre ? Sans hésiter : " Alice aux pays des merveilles " de Lewis Carroll. Mais je pense qu’aujourd’hui, aucun gros éditeur n’aurait le courage de le publier tel quel. Si ce livre n’était pas devenu avec le temps un " classique ", la plupart des responsables éditoriaux actuels, recevant ce manuscrit par la Poste, le jugeraient trop tordu, trop complexe, trop difficile pour les enfants. On aurait demandé à Lewis Carroll d’effacer ou réécrire les passages les plus bizarres. On aurait enlevé à ce livre toutes ses aspérités. Et tout ça pour le " bien des enfants ", bien sûr.
Sur quel projet travaillez-vous actuellement ? Des projets tournés davantage vers les adultes. Bien que je n’aime pas ces frontières liées à l’âge qui servent surtout à rassurer les commerciaux et ne pas trop perturber les classifications des bibliothèques…
Un livre pour la jeunesse qui vous a marqué petit ? " Le Petit Prince " de Saint-Exupéry. " L’Île mystérieuse " de Jules Verne. Et tous les livres de contes et légendes que j’ai dévorés, enfant…
Quels sont vos auteurs illustrateurs de référence ou qui pour vous développent une approche intéressante ? Je pourrais en citer des dizaines. Je trouve que la littérature jeunesse contemporaine manque davantage de bons textes que de bons illustrateurs. Pour répondre tout de même à la question, je citerai Maurizio Quarello et Julia Chausson, deux artistes de talent avec qui j’ai travaillé récemment.
Une phrase (une devise) qui vous guide : J’aime bien cette formule poétique d’Éluard : " Il y a un autre monde, mais il est dans celui-ci. " Et puis cet extrait de " La Face d’un autre ", du romancier japonais Abe Kôbô : " Une haute sympathie pour les autres provient d’un haut degré d’adhérence à soi-même. "
Un site (sur les techniques graphiques, un auteur illustrateur, une approche particulière du texte, de la littérature... ) que vous souhaitez recommander ? Ceux de Maurizio Quarello (www.quarello.com) et Julia Chausson (www.juliachausson.com). Celui des éditions Motus (remarquables pour ces choix) : www.editions-motus.com
Si vous deviez donner un conseil à un jeune illustrateur. Quel serait-il?
Se donner du temps, être sincère avec soi-même, ne pas écouter les sirènes du marketing, se donner la liberté de ne pas plaire à tout le monde…
Votre Site : www.thierrycazals.fr
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Commentaires
mais aussi délicatesse finesse subtilité gentillesse
des mots savoureux offerts avec générosité
un auteur pour petits
et grands à découvrir
absolument!
Écrit par : mima | 08 septembre 2008
Répondre à ce commentaireLe premier mot qui me vient à l'esprit c'est : "délicatesse" et tout de suite après, "poésie".
Écrit par : aliceguittet | 10 septembre 2008
Répondre à ce commentaireC'est l'idéal, mais il faut aussi penser à payer le loyer et les factures, faire les courses... Et si des commandes "marketing" peuvent faire vivre quelques mois, ce serait presque suicidaire de ne pas y repondre.
Ce qui n'empêche pas de lancer des projets personnels d'une toute autre dimension, moins commerciaux... heureusement !
Écrit par : Cathy | 16 septembre 2008
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