04 février 2009
Carte Blanche à Paulinka
Voici l'interview de Paulinka, lauréate du concours d'illustration Asie en lumières qui s'est déroulé en janvier 2009.
Nom ou pseudo ? Paulinka. C’est l’abréviation de mon vrai nom : Pauline Kalioujny. Et puis c’est le diminutif de Pauline en russe ; je suis d’origine russo-ukrainienne…
Vivez-vous de l’illustration ? Sinon, quel métier exercez-vous ? Pas encore : je viens de finir mes études. Je cherche à en vivre, mais c’est un long chemin… Par ailleurs, je fais de la mise en page de livres, du graphisme et de la typographie ; je participe aussi à la production de films d’animation, en élaborant story-boards, éléments de décor animés et personnages…
Votre formation ? J’ai suivi les cours de l’ENSAD (les Arts Décoratifs de Paris), où j’ai eu mon diplôme de cinéma d’animation. J’ai également suivi une année de licence en arts graphiques et communication visuelle à l’ESAG Penninghen.
À quel "héros"/ personnage de fiction vous identifierez-vous volontiers ? Peut-être un personnage bien timbré d’Alice au pays des merveilles : le lièvre de Mars, le chat du Cheshire ? ou alors Alice elle-même…
À part être écrivain ou illustrateur, que rêveriez-vous d'être ? Pianiste ! Ou encore biologiste - océanographe, sillonnant la planète pour observer des animaux dans leur milieu naturel. Ça, c’est ma fibre écolo…
Où dessinez-vous ? Quel est le lieu qui vous inspire le plus ? Ma chambre atelier, tout simplement. Mon cocon. Le paradis, c’est d’être au bord de l’eau, et de dessiner ce qu’on voit, à l’ombre d’un arbre, les pieds dans l’herbe…
Quel thème vous tient particulièrement à coeur ? Je dessine toujours des animaux de toutes sortes, même quand il s’agit d’exprimer des attitudes et des expressions humaines ; ils constituent un répertoire de formes, de couleurs et de symboliques sans fin. Je les décllne dans tous les thèmes. Les folklores asiatiques et russes m’inspirent beaucoup. J’aime aussi le travail autour de la lettre…
Quel est votre outil favori ? En ce moment, la gouge à linogravure : et même si je m’empale les doigts à longueur de journée, cette technique me plaît énormément.
Vous arrive-t-il de côtoyer des êtres imaginaires ? Bien sûr ! c’est essentiel dans notre métier…
Qu'avez-vous conservé de l'enfance ? L’enthousiasme heureusement, et la naïveté malheureusement.
Selon vous, qu'est-ce qui fait vendre un livre ? Malheureusement pas toujours de bonnes raisons : on vend ce que les gens achètent, ou plus précisément, ont l’habitude d’acheter : plus facile que de prendre des risques. D’un autre côté, je dirais que ce qui fait vendre un livre, c’est avant tout le fait que les gens puissent s’y identifier d’une manière ou d’une autre. Il faut que cela parle d’un aspect de leur réalité.
Selon vous, qu’est-ce qui fait un bon illustrateur ? Le plaisir qu’il a à dessiner : cela passe instantanément dans le crayon ! Il doit y avoir aussi une dimension littéraire, me semble-t-il : la façon dont le dessin complète le texte pour en apporter une interprétation nouvelle…
Travaillez-vous avec un auteur ou écrivez-vous vos textes ? J’écris des scénarios de petits films, des trames scénaristiques : mais pas vraiment de récits. Je manie mieux le pinceau que les mots.
Quel qualificatif vous colle à la peau ? Énergique.
Si vous ne deviez choisir qu'une de vos illustrations pour vous représenter, quelle serait-elle et pourquoi ? J’ai dessiné un loup hirsute et cocasse… C’est une de mes gouaches préférées ; j’y ai mis toute mon énergie … C’était un jour où je n’arrivais vraiment pas à trouver de solution pour représenter les personnages de la fable de La Fontaine, Le Loup et l’Agneau. Je me suis concentrée, et mon désespoir s’est transformé en éclat de rire quand j’ai vu sa tête au final…
Quel est l'animal auquel vous ressemblez le plus ? Pourquoi ? En ce moment, un écureuil. Un animal vif, quoiqu’un peu trop nerveux. Très gourmand ! Emmagasine des réserves pour l’hiver….
Quel est le mot que vous préférez dans la langue française ? Langouste (aucun rapport).
Si vous êtes édité, quelle est votre dernière sortie pour la jeunesse ? J’ai un projet de livre pour la jeunesse dans ma musette. Mais je cherche toujours un éditeur…
Comment est né votre premier livre/ illustration ? Je ne me rappelle plus quand j’ai commencé. J’ai toujours dessiné. J’aime à dire que tout le monde, enfant, dessine et cultive son imagination, et que c’est juste que je ne me suis jamais arrêtée…
Quel livre en littérature jeunesse auriez-vous voulu écrire ou réaliser à la place d'un autre ? Max & les Maximonstres de Maurice Sendak : quelle maîtrise de la composition ! une vraie scénographie de théâtre, et les plus beaux et sympathiques monstres de l’histoire de la littérature pour les enfants.
Sur quel projet travaillez-vous actuellement ? J’ai en cours un projet avec une amie écrivain, qui m’a proposé quelque chose de très drôle. Et puis des story-boards de films d’animation… Mais chut ! les projets en gestation doivent être tenus secrets !
Un livre pour la jeunesse qui vous a marqué petit ? Hulul, d’Arnold Loebel : un hibou un peu simplet qui a peur de ses propres pieds, qui peut passer une soirée à penser à des choses tristes pour se faire un thé aux larmes, et qui court très très vite dans son escalier pour essayer d’être à la fois en haut et en bas…
Quels sont vos auteurs illustrateurs de référence ou qui pour vous développent une approche intéressante ? Les maîîîîtres Quentin Blake & Roald Dahl , of course, dont j’ai lu tous les livres, enfant. Sinon, il y en a plein d’autres…Les " historiques " : Le russe Bilibin, le fabuleux Arthur Rackam, John Teniel. J’aime l’œuvre très spéciale de Nicole Claveloux, si drôle et farfelue, protéiforme, très graphique, comme tous les illustrateurs de cette époque (70-80). Elle essaye tous les styles avec le même brio : même ceux que personne ne plébiscite, elle prend de vrais risques. J’aime aussi les livres-objets de Katsumi Komagata : tout en pliages, pop up et forme graphiques très design…Dans les générations plus actuelles, je raffole des affiches d’Andy Smith, et Catherine Meurisse m’a récemment fait hurler de rire avec ses " hommes de lettres " : une relecture tordante des grands classiques de la littérature française.
Une phrase (une devise) qui vous guide : Un pessimiste voit la difficulté dans chaque opportunité, un optimiste voit l’opportunité dans chaque difficulté.
Un site (sur les techniques graphiques, un auteur illustrateur, une approche particulière du texte, de la littérature... ) que vous souhaitez recommander ? J’aime beaucoup le site des trois ourses (http://troisourses.online.fr/) : pour ceux qui ne connaissent pas, cette association promeut des auteurs - illustrateurs majeurs qui sont dans une démarche de création très conceptuelle et graphique. Disons que c’est une approche différente de l’illustration traditionnelle :des livres - objets expérimentaux et totalement novateurs, qui repoussent les limites du format et de la composition. Des livres à toucher, à tiroirs et à surprises, qui demandent une participation très active de la part de leurs lecteurs, petits et grands…
Si vous deviez donner un conseil à un jeune illustrateur. Quel serait-il ? De jeune illustrateur à jeune illustrateur : ne pas écouter les gens qui disent que ça n’est pas un vrai métier ; pas de mission plus noble que de permettre aux enfants (et aux adultes) de se construire en rêvant, et de s’évader dans les livres par l’émotion…
Votre Site et/ou Blog : www.paulinka.fr et www.blog.paulinka.fr
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