08 février 2009

Illustrer par le volume: Irma Gruenholz

hojas.jpgUne façon très différente de concevoir l'illustration.

Irma gruenholz est une illustratrice espagnole qui travaille en volume (grâce à de la plastiline, une pâte à modeler qui ne sèche pas ou à de l'argile de polymère) . Une fois terminée, elle photographie sa composition.

11 janvier 2009

Tous nos voeux - encore

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08 janvier 2009

Tous nos voeux - suite

04 janvier 2009

Tous nos voeux pour 2009 !

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19 novembre 2008

Emmanuelle Houdart

medium_houdart_2.jpgIllustratrice de talent qui se fait remarquer par la profondeur de ses illustrations ! Entre enfance de l'art et peurs de l'enfance, entre innocence et cruauté. Elle est pour moi, l'expression la plus aboutie de l'adulte-enfant.

Elle est peintre et illustratrice depuis 1996. Outre des collaborations occasionnelles à différents magazines et quotidiens (Libération, Le Monde, Sciences et Vie Junior, Ça m'intéresse… ), elle a illustré une vingtaine d’albums pour la jeunesse chez différents éditeurs, et a publié cinq ouvrages plus personnels en signant le texte et les images.

Avec sa palette de feutres vive et franche, son trait expressif, elle développe un style très personnel. Elle déploie un univers fantasmagorique et atypique, à mi-chemin entre rêve et réalité. L'étrangeté côtoie la poésie. Elle a déclaré : « Il s’est passé un tas de trucs merveilleux et épouvantables dans ma vie, comme dans celle de tout le monde. Et c’est ça que je dessine, du merveilleux et de l’épouvantable. » (Wikipedia)

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img.jpgPour en savoir plus sur son univers: J'éponge mes peurs, Blog des Citrouilles.

"L'abécédaire de la Colère" T.Magnier est sa dernière parution.

Sa Bibliographie sur Ricochet Jeunesse.

(Photo de Pascal Houdart)

13 août 2008

100drine

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Un coup de crayon inimitable, des objets d'artistes qui pullulent un peu partout...

100drine est devenu au-delà de son art une véritable marque. Petit tour d'horizon de son oeuvre:

Qui est-elle ? Sandrine Fabre, alias 100Drine est née en 1970. Après l’obtention de son diplôme de l’Ecole Supérieure des Arts Appliqués en design textile, elle devient illustratrice de journaux puis designer textile pour l’ameublement. Son activité principale reste la peinture et l’illustration.

Il y a bien sûr les fameuses boîtes en métal:

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Mais aussi: Des sacs de blé à patates, à puces, des sacs à dos et de voyages, des sacs de rangement, des cocottes pour les petits restes,
des saladiers, des plateaux, des verres à cafés et à thés, une carafe, des torchons, des sets et serviettes, une nappe, des trousses
de toilette, des stylos, des cabas, des cartables, des petits bijoux, des doudous, des t-shirts, des savons, des draps de bain, de la vaisselle
en mélamine. Des assiettes, des petites et des grandes, en faïence, en porcelaine, des bols, des mugs, des coquetiers, des plats, des thermomètres. Des cartes, des affiches encadrées, des carnets, des classeurs, des cahiers de recette, de cave, de jardinage…
Des répertoires, un carnet de secret, de copines. Des albums photos, un livre de naissance, des jeux de cartes, un jeu de loto, de cube,
de mémory, de domino, des coloriages, des portes clefs, des badges, une boîte à musique, un théâtre et des marionnettes, des jeux d’adresse, des sceaux, des agendas…
et des livres jeunesse:
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13 juin 2008

Laurent Corvaisier

corvaisier3.jpg"Laurent Corvaisier mène une triple activité de peintre, d'illustrateur et, depuis 1995, d'enseignant à l'École nationale supérieure des Arts décoratifs, école où il fut lui-même étudiant en illustration et gravure. Portrait sur Pixel Creation.

Laurent confie : " Je suis dans l'atelier à partir de 9h / 9h30, et j'y reste jusqu'à 16h ou 19h. Mais je peux aussi travailler le soir quand les enfants sont couchés, puisque l'atelier est en dessous de mon appartement. Cela peut aller jusqu'à minuit. En ce moment, depuis deux mois, je n'ai pas arrêté de travailler ! En fait je ne dis jamais non à un boulot.

Je donne aussi des cours d'illustration à l'Ensad et de sérigraphie à Corvisart, ce qui fait au total 18h de cours par semaine.
Si je suis dans une période sans commande, je peins, je prépare une expo… J'y éprouve du plaisir car c'est le seul domaine ou je contrôle les choses, où je me sens comme un poisson dans l'eau. J'ai besoin d'être seul, de travailler. Je le fais naturellement : j'aime bien faire de belles images."

Comment entre-t-on dans le milieu de l'édition ? "Au départ j'ai démarché des éditeurs avec mon book. La première fois, j'ai montré des carnets de voyages chez Gallimard. Un an après, un directeur de collection me rappelle. Il se souvenait de mes dessins et était en train de monter un projet de carnets de voyages chez Albin Michel. C'est comme ça que j'ai commencé à travailler. Ensuite, j'ai continué à rencontrer d'autres éditeurs et petit à petit on m'a proposé régulièrement des illustrations. Par la suite, je n'ai plus eu besoin de démarcher."

Laurent n'a pas quitté la peinture pour l'illustration, puisqu'il mène les deux activités de front, mais en devenant illustrateur, il y a gagné une plus grande diffusion de son travail : "Lorsque je peignais, qui voyait mes travaux ? Mes amis, quelques particuliers. Faire des livres a diffusé énormément mon travail, mes images. Et aujourd'hui, grâce à cela, des centres culturels m'appellent pour me demander des affiches…"

Quelles sont les rémunérations d'un illustrateur ? Pour un album de 32 pages : une avance de 1 500 à 4 000 euros sur les 2 à 3% de droits. L'avance correspond aux 5 000 premiers livres. En cas de retirage, l'illustrateur commence à toucher quelque chose en plus."

Perso j'aime beaucoup ces deux ouvrages: La famille Totem t1 et t2

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16 mars 2008

Eric Battut

809699264.jpgSource de l'article: Le Blog Citrouille 

Nvl - Eric Battut, comment passe-t-on des études de sciences économiques et droit à l’illustration jeunesse, de disciplines qui, me semble-t-il, laissent peu de place à l’imagination, à la création artistique ?
E. B. - D’abord, je ne sais pas si le droit laisse peu de place à l’imagination, parce que la jurisprudence peut être très inattendue, mais logique. Mais vous ne me rencontrez pas pour que je parle de droit ! J’ai fait sciences économiques pendant 3 ans. J’ai redoublé une année de DEUG. Ensuite je suis passé en droit pour la licence. J’ai eu ma licence. J’obtenais mes diplômes en ne travaillant vraiment que le dernier mois avant l’examen. Après, est venu le service militaire. Là, je me suis demandé si je voulais retourner en droit pour la maîtrise parce que je ne voyais pas de métiers qui me plaisaient dans ce domaine. De 1992 à 1993, j’ai pris une année pour peindre dans ma chambre. Je faisais des copies, et mes propres toiles. Je me considérais comme un mauvais peintre pour l’époque dans laquelle on vit. Je suis allé prospecter les écoles et ce qu’elles proposaient comme enseignement. C’est en voyant les travaux des élèves de l’Ecole Emile Cohl que j’ai décidé de m’y inscrire. J’en suis sorti en 1996. Pour le diplôme, j’ai illustré La Chèvre de Monsieur Seguin et Le Chat botté. La Chèvre a été exposée en 1996 à Bologne. J’ai fait le tour des éditeurs avant d’avoir le diplôme. Mon premier travail publié a été pour Pomme d’Api (« Les belles histoires ») à la fin de l’année scolaire 1996. C’était une commande de Bayard. Didier m’a fait travailler sur Pêcheur de couleurs avant de publier La Chèvre de Monsieur Seguin.

Nvl - Pêcheur de couleurs est une histoire d’Eric Battut, racontée par Michel Piquemal. Comment s’est passée cette collaboration fructueuse ?
E.B - J’ai montré chez Didier des dessins de vaches énormes par rapport au format. Ils m’ont dit : « Pourquoi ne pas faire une histoire avec ce personnage ? ». J’ai trouvé l’histoire d’une vache qui découvre les couleurs. J’ai fait les dessins, puis j’ai écrit l’histoire. Didier a dit que ça n’allait pas du tout. Et c’était vrai ; le texte ne chantait pas, il n’y avait pas de musicalité. C’est Michel Piquemal que la maison a contacté. Moi, je ne connaissais pas d’auteurs.


Nvl - Vous avez publié en moins de 10 ans environ 60 albums. Vous ne devez pas arrêter de travailler et être un « bourreau de travail » ?
E. B. - Je ne me rends pas compte. Tout le monde travaille, chacun à son rythme. Moi, c’est par période. Je peux ne pas travailler, mais réfléchir beaucoup pendant 1 ou 2 mois et en l’espace de 2 ou 3 semaines faire 2 ou 3 livres. Je ne sais pas si c’est un bien ou un mal. Je doute de ça. Je n’arrive pas à avoir une production linéaire.

Nvl - Dans votre œuvre, les personnages (humains ou animaux) sont toujours très petits par rapport au décor. Dans Au fil des mois, c’est presque un jeu de retrouver les personnages. Serait-ce votre vision du monde, de notre existence frêle face à l’immensité des éléments ?
E. B. - Il y a plusieurs pistes là-dessus. Dans la première image que j’ai faite pour La Chèvre de Monsieur Seguin, la chèvre était toute petite, le loup aussi. J’ai fait le livre comme ça, c’est ce qui convenait le mieux pour la dimension tragique avec le décor rouge. Au Japon, on dit que le paysage peut être un reflet de celui qui dessine ; le décor peut être quasiment un personnage. Par exemple, en Auvergne, les montagnes vertes sont moins violentes que si elles étaient noires et pointues comme des oreilles de loup. Par rapport à votre question, j’ai aussi peur de ne pas savoir dessiner les personnages. Les livres pour lesquels j’ai fait des personnages de taille classique - Rouge Matou par exemple - ont été réalisés très vite.

Nvl - Vous êtes inspiré par l’Auvergne ?
E. B. - Il y a de la terre rouge en Auvergne. De chez mes parents, de la fenêtre de l’école primaire où j’étais, on voyait une carrière de pouzzolane. Quand j’ai proposé La Chèvre chez Didier, ils m’ont dit que c’était très imprégné d’Auvergne ; le paysage est vert alors que ça se passe dans le midi, avec un fond rouge que j’ai recouvert de peinture.

Nvl - Je voulais vous poser la question sur l’importance de la couleur rouge. Vous m’avez répondu. D’autre part, l’arbre comme élément constitutif de la nature tient une grande place dans votre univers. Pourquoi ? Qu’est ce qui vous passionne, vous attire dans les arbres ?
E. B. - Les arbres ont une partie cachée et une partie qui émerge. C’est comme dans un dessin, il y a une structure cachée et une qui est apparente. Je ne dis pas que si on passe mes dessins aux rayons X, on verra un arbre ; mais un dessin, c’est un peu comme un arbre. On a dit des choses sur les arbres auxquelles je n’avais pas du tout pensé. Les cyprès du Petit Chaperon rouge font penser à la gueule du loup : je n’y avais pas pensé.

Nvl - Votre représentation des paysages est très stylisée et minimaliste, laissant place à l’imagination.
E. B. - Dans Jules et César, Gros et Petit, Deux oiseaux, c’est minimaliste, deux personnages à chaque fois, et le fond est le décor aquarellé. Pour Jules et César, j’avais fait des essais avec de gros personnages qui n’avaient rien à voir avec le livre qui existe. Ils ne me satisfaisaient pas du tout parce que je ne trouvais pas ça joli. C’est moins intimiste, moins poétique.
Peau d’Ane fait exception ; le décor est chargé de détails parce que je voulais représenter les palais, la cour, mais pas d’une façon trop documentée. J’ai fait des costumes du 18e siècle alors que ce n’était pas l’époque de Perrault. Comme le dit Denise Escarpit dans sa critique, cela se finit sur des gondoles.

Nvl - Dans un autre entretien, je crois pour Ricochet, vous dites à propos de Bataille et de Comme le loup blanc : « avec les enfants, il y a des limites à ne pas dépasser ». Lesquelles ?
E. B. - Je suis d’accord qu’il ne faut pas agresser les enfants par des images violentes. L’enfance, c’est une période où l’on se construit, où l’on vit des révolutions. Il ne faut pas démolir tout ça. Dans Bataille, j’ai mis des cadavres, des morts à cause de la guerre, mais là je pouvais les mettre. Dans tous les pays, les enfants jouent à la guerre, même en temps de guerre, je ne sais pas. Dans Comme le loup blanc, j’ai dessiné le lapin loup serrant la main au lièvre comme Hitler serrant la main à Pétain.

Nvl - Comme le loup blanc me fait penser à Matin Brun de Franck Pavloff. Dans votre album, l’histoire, elle, finit bien, presque trop bien puisque le méchant se fait manger par un autre méchant et que les lièvres peuvent revenir vivre en paix dans la garenne. N’est-ce pas un peu trop optimiste ?
E. B. - Il était hors de question que les autres lièvres ne reviennent pas. Il faut de l’espoir à la fin d’un livre, sinon on ne s’en sort pas. Si je commence à raconter des histoires pessimistes, on n’en finit pas. Je réfléchis longtemps avant de faire un livre. Mais la technique est très rapide. Pour Barbe bleue, ça a été encore plus rapide. J’ai fait des essais, mais avec les mêmes couleurs et j’ai été dur dans le dessin sur ce que peut regarder un enfant. Je ne devrais pas dire cela puisque j’ai eu le prix de Bratislava en 2001 pour ce livre avec Au fil des mois. J’avais eu un premier projet de faire un travail sur les couleurs, rouge pour Le Petit Chaperon rouge, bleu pour Barbe Bleue et vert pour Le Petit Poucet. Je voulais faire trois livres, vert, bleu, rouge. Ils n’ont pas été publiés. A Bratislava, je suis tombé des nues : Barbe Bleue, c’est une technique de grattage parce que le fond est rouge, toujours. Après une bande noire, une bande bleue.

Nvl - Et le noir du château ?
E. B. - Cela rappelle le basalte, comme la cathédrale de Clermont-Ferrand.

Nvl - Dans La libellule rouge, la petite fille transgresse un interdit pour faire du vélo sans petites roues. Pour grandir, il faut transgresser des interdits ?
E. B. - Déjà, je n’ai pas représenté la scène de ménage. J’ai pris du recul avec les petits personnages. J’avais fait une vignette qui n’a pas été publiée et qui montrait une petite fille en train d’apprendre à faire du vélo. Dans cet album, c’est pour échapper à la dispute qu’elle transgresse l’interdit. C’est une façon de se protéger. J’ai parlé à des médecins ; pour eux, l’inspiration est proche de l’hypnose. L’inspiration vient lorsque je suis assis sur mon canapé. Il se peut que je réfléchisse pendant un mois et, après, c’est autre chose qui vient. L’inspiration, c’est une chose qui est littéralement donnée. Après, il y a un travail de mise en place qui, bien entendu, n’a rien à voir avec l’hypnose.

Nvl - Dans La Belle et la Bête, celle-ci n’apparaît jamais comme réellement effrayante ; elle semble plutôt prendre les traits d’un clown, non ?
E. B. - C’est ce que m’a dit l’éditeur Bilboquet. Pour lui, cela fait penser au théâtre NO, théâtre antique japonais. Mais le livre est passé.

Nvl - Vous semblez très sensible aux saisons, à la fuite et renouvellement du temps ; par exemple, dans Au fil des mois, mais aussi dans Rouge Matou. Vous semblez dire que le temps est nécessaire, qu’il faut laisser le temps au temps, en particulier en amitié.
E. B. - Oui. L’hiver est une saison où l’on peut laisser la feuille blanche et mettre un petit rouge-gorge qui attend le retour des couleurs comme dans Au fil des mois. Deux couleurs me fascinent, le blanc et le noir. Quelquefois, je cherche le noir. Au Japon, il y a sept noirs différents. Josef Wilkon m’a dit à Bratislava : « Quand on cherche le noir, on trouve le blanc ; quand on cherche le blanc, on trouve le noir. ». Je suis quelqu’un de très paradoxal.

Nvl - Quelle technique utilisez-vous ?
E. B. - Je n’utilise que l’acrylique.

Nvl - Dans Mots à Mots, vous avez choisi de placer dans chaque illustration un texte qui fait référence à Blaise Pascal et aux Pensées. Je suppose que ce n’est pas un hasard, même si cela peut paraître surprenant dans un album pour enfants.
E. B. - C’était un salon du livre à Clermont Ferrand. On nous avait donné un livre sur Blaise Pascal. Il y avait des expressions qui correspondaient aux illustrations que je voulais faire. J’ai découpé les pages suivant le texte pour faire des correspondances.

Nvl - Vous illustrez à la fois des contes traditionnels et vos propres histoires. Se pose-t-on les mêmes questions pour un conte que pour un autre texte ?
E. B. - Le premier conte que j’ai illustré, c’est La Chèvre de Monsieur Seguin. Moi je voulais que les images soient belles et parlantes. Je découpe le texte et j’essaie de trouver l’image la plus parlante pour chaque partie découpée. Par exemple, dans Le Petit Chaperon rouge, il y a des vignettes qui sont des paysages ou natures mortes qui font contrepoids à la grande illustration. Dans Le Chat Botté, les vignettes m’ont été demandées après que j’eus montré les grands dessins. C’est la même approche, le découpage du texte, car je veux des blocs de texte équivalents, même lorsque je fais le texte et l’image.

Nvl - Vous avez travaillé avec plusieurs éditeurs.
E. B. - Quand j’ai commencé à travailler, je n’avais que Didier. Et puis d’autres ont fait appel à moi. Je suis allé voir Bohem Press à Bologne (c’est moi qui ai fait la démarche). Puis Milan m’a contacté. Depuis je montre mes projets à quatre éditeurs. Je n’ai pas d’exclusivité.

Nvl - Vous avez eu de nombreux prix, vous êtes connu et traduit. Dans le monde entier. Vous êtes reconnu. Rencontrez-vous souvent votre public, les enfants ?
E. B. - Au début, je faisais des interventions dans les classes, dans les salons. Aujourd’hui, je ne me déplace que rarement. Je devrais peut-être aller davantage à la rencontre des lecteurs, critiques, illustrateurs… La galerie « Le Milieu du Monde » à St Paul de Vence commence à vendre mes originaux. Cela prouve que mes dessins ont une valeur, peut-être pas artistique, mais une valeur, ça me rassure.

Nvl - Je vois que vous avez un magnifique piano à queue. C’est vous qui jouez ?
E. B. - J’ai joué du piano jusqu’à l’âge de 17 ans, Chopin, Liszt. Je me suis arrêté. Quand j’ai commencé à gagner ma vie, c’est la première chose que je me suis offerte. Maintenant, j’improvise des choses qui me font plaisir, à moi, mais peut-être pas à mes voisins.

Nvl - Une dernière question. Vous paraissez assez solitaire ?
E. B. - Très…

Nvl - Merci, Eric Battut, de nous avoir accordé cet entretien

12 mars 2008

Kitty Crowther

2104781117.jpgL’apparence de la simplicité référence du site: Livres au trésors


Comme l’héroïne de Mon royaume, Kitty Crowther a le souvenir amer et doux de l’enfance, traduisant en un style unique des histoires graphiques où se nichent mémoire, désir, paix, partage, cake aux fruits confits, légendes, bruit et silence.
A la découverte d’une maison pleine de sens et de sons. Murmures.

Vous avez publié à ce jour quatre albums aux éditions Pastel. Nous reviendrons sur chacun d’entre eux, mais nous avons remarqué quelques thèmes récurrents : la famille, la maison, les repas, les temps d’ennui, la vie peut-être ?

J’aime les temps de rencontre, les temps de partage, les temps où l’on s’installe. Il existe des temps de grâce où, après des conflits familiaux, des moments de tension, des colères, on va se retrouver autour d’une tasse de thé, d’un repas, où l’on va sceller un amour naissant autour d’une miche de pain comme dans Un jour mon prince viendra. Offrir du pain, c’est offrir la simplicité, c’est la base de l’échange, avec toutes les différentes références religieuses qui sont rattachées à cette pratique. La dernière image de Va faire un tour reprend cette idée. Après ce voyage initiatique qui conduit l’enfant d’ouest en est, la colère exprimée, vécue dans son fort intérieur trouvera sa résolution lors de son retour à la maison familiale autour d’une soupe préparée par la mère comme dans Max et les Maximonstres de Maurice Sendak. Dans Mon ami Jim, l’amitié entre Jim et Jack se scellera autour d’un bon petit-déjeuner. Les temps de parole, d’échange sont nécessaires et ne s’opposent pas aux temps d’isolement, aux temps d’abandon.

Ce que vous dites est si vrai que l’on retrouve toujours dans vos ouvrages ces temps d’ennui, de vagabondage où, perché dans un arbre, lové dans un fauteuil, on s’abandonne sans être coupé du monde. C’est le contraire de la perte, de la solitude.

Oui, j’aime dessiner des gens qui lisent, qui dorment. J’aime ce rapport avec le temps qui permet de percevoir le monde qui vous entoure, de l’affronter tout en s’offrant des moments de repli. Je crois nécessaire d’offrir cette tranquillité-là à des enfants, à des adultes dans un monde où l’action, l’agitation, la production semblent être les maîtres mots. Mes origines « nordiques » ne sont peut-être pas étrangères à cela. Ma mère est suédoise et dans la tradition de l’Europe du Nord, la maison « Carl Larson » traduit bien cette attention que l’on porte aux autres. Un intérieur, des objets révèlent les hommes et les femmes qui les choisissent. La maison est mon univers et les intérieurs que je dessine sont remplis de références que mes amis et ma famille peuvent percevoir. Ce sont aussi des lieux de tensions : voilà pourquoi, entre quiétude et colère, la maison est le lieu des départs mais aussi celui des retours.

La colère mène l’action de Va faire un tour et de Mon royaume. Pour l’un il s’agit d’une colère dont on ne connaît pas les raisons. Dans Mon royaume, c’est la dispute familiale qui va briser l’équilibre d’un royaume voulu et espéré par une petite fille qui ne vous est pas étrangère… D’ailleurs l’album est dédié à vos parents.

Va faire un tour a été publié après Mon royaume alors qu’il a été réalisé avant. C’est un travail que j’avais présenté au concours Figures Futur pour le Salon du livre de jeunesse à Montreuil en 1992.

Avant de commencer un livre, je ne sais pas ce que je vais faire ; le point de départ peut être un dessin, puis un autre qui vont former un tout, une histoire. Etant malentendante, je n’ai parlé qu’à six ans. Dans mon univers sans paroles, sans sons, l’image était ce « télégramme » entre les autres et moi. Elle me permettait d’entrer en communication ; c’était ma fuite, mon bonheur, ma façon de donner. Maintenant que je fais des livres pour enfants, je trouve que cet espace de création est un lieu de générosité, de simplicité, de douceur, de rencontre. La colère de l’enfant de Va faire un tour est juste. En même temps, cette colère ne se dirige pas contre les autres, elle est tout en intériorité, elle chemine, traverse des océans, rencontre des histoires, des légendes, des femmes et des hommes, comme un voyage initiatique qui vous permet de grandir, de vous dépasser. Et vous êtes d’autant plus heureux de l’avoir accompli que vous l’avez fait seul. Vous avez trouvé en vous cette force, cette énergie. Grandir, c’est exprimer sa colère. Moi-même j’ai éprouvé ces colères. La solitude, la tristesse sont des sentiments que j’aime dessiner. Cette alternance est la mienne : comme le voyage dans Va faire un tour est un voyage d’ouest en est alors que la technique que j’utilise, la gravure, m’imposait de travailler à l’envers.

Et pour Mon royaume ?

Pour Mon royaume, je n’avais pas décidé de faire une histoire sur la dispute parentale. L’histoire est venue d’une image que Claude Lapointe avait repérée et qui en a été le point de départ. Ensuite, le regard des autres sur votre travail donne un sens à ce qui vous a échappé lors de votre travail de création, même si, dans cet album, les animaux de cette Arche de Noé ne sont pas là par hasard. Il y a une alternance des rôles entre le masculin et le féminin, la poule symbolisant le côté maternel, le chat l’indépendance, le chien la rationalité et la partie d’échecs indique qu’il faudra un jour prendre une décision. D’ailleurs la dernière image traduit cette idée de choix puisque la petite fille, contrairement à la première page, prendra place dans cette partie d’échecs qu’est la vie.

En vous écoutant évoquer cela, on pense à la richesse de votre travail d’illustratrice, à sa force qui semble résider dans ce paradoxe : simplicité apparente de l’effet et abondance. Vos textes sont d’ailleurs de la même facture. La phrase dit tout en très peu de mots, elle est précise, pointue et pourtant elle n’enferme pas, mais au contraire foisonne.

C’est grâce à l’échange entre Christianne Lapp (l’éditrice de Pastel) et moi-même. Le plus souvent je présente un projet, qui n’en est d’ailleurs plus au stade de projet mais celui d’un livre-objet pratiquement terminé, comme je l’avais déjà fait lors de ma dernière année d’humanités artistiques, à Bruxelles. Ensuite, je retravaille avec elle, modifie une phrase, une image.

Moi, qui ne suis pas un auteur, j’écris en anglais, ma langue affective. Mon royaume a été rédigé comme cela. Il me semble, que l’anglais est une langue « efficace » : en peu de mots vous pouvez tout dire de la personnalité d’un personnage, la sonorité même est plus heureuse. Alors, lors du passage au français, je façonne, j’élague. J’ai de la chance car mon éditeur permet ce travail, m’aide même, m’accompagne.

Comment travaillez-vous l’illustration ?

Comme vous avez pu le remarquer, j’aime les cadres qui rappellent des maisons, mais je sais aussi m’en échapper lorsque la situation le permet ou l’exige. Dès la première image, je sais intuitivement ce qui va arriver à mon personnage ; alors en trois coups de plume, je donne des indices en travaillant la gestuelle comme si, dans l’inclinaison d’une tête, l’abandon d’un bras, la danse du corps, le personnage allait se révéler pour le lecteur sans que j’ai besoin d’en rajouter. J’essaie d’être moi-même dans ce travail : il me serait difficile, voire impossible, d’illustrer un univers qui me serait étranger. J’ai besoin d’une proximité affective, d’un lien entre les ambiances que je crée et ce que je suis. Être soi-même, être original, c’est peut-être tout simplement retourner à l’originel.

Vous travaillez beaucoup ?

De la même manière que mon travail exige que je sois très concentrée pour obtenir le meilleur de moi-même, pour donner les plus belles images, de même je ressens parfois la nécessité de dire stop, je ne peux pas aller plus loin, je ne peux pas donner plus. Il me faut alors revenir à l’esquisse, aller jusqu’au bout du plaisir, jouer avec les couleurs et après recommencer, aller à l’essentiel dans l’image. Je me bats contre moi-même, je veux être juste, donner de la fluidité, oublier et retravailler, m’abandonner pour trouver la solution sans avoir à chercher midi à quatorze heures. C’est ma lucidité, mon exigence, ma manière d’être juste sans trop prendre de place, juste ma place.

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Claude André : Auteure d’un album sans texte, auteure illustratrice de plusieurs albums, illustratrice de plusieurs autres : comment passes-tu de l’écriture à l’illustration ?
Kitty Crowther : Le dessin est aussi une forme d’écriture, même s’il n’a pas de loi grammaticale… Enfin si, les canons esthétiques, l’académisme, une certaine logique comme la perspective… Mais moins que la langue écrite. De toute façon, en la matière, une des premières choses à faire c’est oublier ce qu’on a appris pour passer à des choses bien plus essentielles. J’ai la fascination du trait, de la ligne tremblante, hachée, dure, tendre. Un trait peut dire beaucoup de choses. Mais il faut « être » au moment de dessiner, un peu comme les Japonais avec leurs estampes. Il faut trouver sa propre écriture, son univers propre. Je n’ai pas encore atteint le cap de l’écriture sans dessin, ça viendra. Pour l’instant j’écris pour moi. Je me considère plutôt comme une illustratrice, j’ai toujours aimé l’univers du livre pour enfants, cette forme d’art pensée pour communiquer, comme au temps des églises et de la peinture flamande. Comme métier, je ne pouvais pas rêver mieux : seul maître à bord. Les histoires que j’imagine, je suis obligée de les écrire car personne ne peut aller les lire derrière mes yeux. Au début, mon éditrice (1) m’a beaucoup aidée. J’écrivais en anglais, ma langue maternelle, et on traduisait ensemble. C’est une éditrice remarquable, très à l’écoute et elle parvient toujours à m’aider à sortir le meilleur de moi-même. Maintenant j’écris en français. En fait j’écris et je dessine simultanément. Si l’émotion est présente, je continue, page après page, sans jamais connaître la suite. Je vais au rythme de ma main, car elle seule peut traduire les images qui sont dans ma tête. Une de mes plus grandes joies, c’est cette sensation de liberté totale.


Tu es une grande lectrice, qui aimes-tu lire ?
En littérature jeunesse, j’admire le travail de Suzanne Rotraut Berner, de Wolf Elbruch… Je pourrais citer une trentaine de noms. Récemment j’ai découvert deux auteurs : Toon Telegen, une star aux Pays-Bas où il a publié une centaine d’ouvrages (un seulement a été traduit en français !), et Hubert Mingarelli. Je profite de cet entretien pour lui dire à quel point son livre Une rivière verte et silencieuse est beau…


On retrouve la blancheur de la neige, le silence de la forêt, la lumière des îles nordiques dans tes images…
Oui, et c’est beaucoup plus fort encore chez Anne Brouillard, qui est une très bonne amie. Peut-être parce que nos deux mères sont suédoises… Je garde de la Suède l’image des bougies allumées dans le hall d’entrée, leur lumière et leurs ombres, le silence des sous-bois, les petites îles polies par la mer, rondes comme des galets, l’odeur des sapins… Mais je ne sais pas ce qui est le propre d’une culture. Je suis le fruit d’un métissage suédois, anglais, hollandais, et belge, bien sûr, puisque la Belgique est mon pays de naissance. De celle-ci je conserve l’humeur et l’humour, les ciels lourds et gris, les forêts et sûrement d’autres choses. Il est parfois difficile de savoir ce qu’il y a dans les archives de notre tête. Je me rends compte que tout ce que j’exprime dans mes livres vient des choses qui m’ont profondément touchée, et je passe pas mal de temps à réfléchir au moyen de restituer au mieux cette énergie, qui est belle, au lieu de restituer les choses parce qu’elles sont jolies.


Les enfants et les adultes de tes livres se ressemblent par leur corps et leurs attitudes. Mais alors que les adultes ont gardé les maladresses de l’enfance, comme Monsieur Pol, qui ne grandira sans doute jamais, les enfants, eux, sont pleins de sagesse, comme la petite princesse de Mon Royaume ou la petite fille, de Moi et rien
Oui, c’est vrai, c’est peut-être une façon pour moi de dire à voix basse : «Adultes, regardez, vous êtes tout à fait enfantins. » Parfois je regarde une personne et une fraction de seconde je la vois enfant. Il y en a qui ont gardé le côté chouette de l’enfance alors que pour d’autres c’est catastrophique… Un enfant, si on le laisse être ce qu’il est, il est étonnamment mature. Je crois que c’est cela qui me touche chez les gens, qu’ils soient là avec leur passé, leur présent, leur devenir. Il existe un livre qui explique point par point la démarche d’un illustrateur proche de ce que je pense, c’est Le Carnet du dessinateur de Ellabad. J’avais demandé à des adultes à qui je donne des cours de dessin d’amener leurs livres pour enfants préférés et il y en a un qui a amené ce livre dans lequel se trouve tout ce que j’avais tenté de leur apporter…


Cela nous ramène à ton album Moi et rien. Comment « rien » peut-il devenir « tout » ?
C’est une question très vaste : Rien est l’ami de Lila, son ange gardien, en quelque sorte son inconscient. J’ai toujours eu enfant plusieurs voix, presque des conversations à trois (probablement comme tout le monde… ou alors je suis une fille très étrange !). Elle l’appelle Rien, elle aurait pu l’appeler Gin, Lift ou Palo. Mais ce n’est pas le cas. On lui a peut-être dit que ce n’était rien… des histoires. Peut-être une façon pour elle de se rappeler à la réalité. Et en même temps c’est ne pas reconnaître ce qu’il y a à côté d’elle… Que sais-je moi ? Je fonctionne parfois comme un buvard qui une fois trop imprégné se déverse sur le papier… Pour répondre à ton « tout » et « rien », il est dit que « rien » ne se change jamais en « tout » puisque « tout » est dans « rien » (hum ! Voilà une explication bien nébuleuse…). Le plus drôle c’est que je voulais vraiment faire une histoire drôle et légère, c’est plutôt raté !


Moi et rien ou comment les liens entre les êtres renaissent grâce au jardinage… comme dans Le Jardin secret de F. Hogson Burnett ?
C’est un livre qui m’a hantée pendant des nuits entières, je l’ai lu en boucle. Malentendante de naissance, parlant plus ou moins à l’âge de quatre ans, l’anglais d’abord, le français ensuite, je me suis sentie un peu moins seule avec les livres. Au moins avec eux, je n’avais pas besoin de mes oreilles. Il me fallait peupler ma tête pour survivre. Ma « facilité » à inventer des histoires vient de là, et certainement d’autres choses encore… Mon père est un merveilleux conteur. Le jardin secret c’est celui qui est en nous. C’est toujours après coup qu’on se rend compte des influences. La création est parfois un puzzle, on y met inévitablement une pièce après l’autre et le tout forme quelque chose à quoi on ne s’attendait pas… du tout.


Dans tes livres, les animaux ont une présence très forte, et même si ton univers est très différent de celui d’Anne Brouillard, on y retrouve aussi cette attitude attentive et cette étonnante complicité, parfois silencieuse, des animaux avec les humains
Je n’y avais pas pensé mais c’est très vrai. Pourquoi, comment… je ne sais pas très bien et quelque part je n’ai pas envie de savoir. C’était déjà très présent avant mon amitié avec Anne. Parfois on prend des choses chez d’autres sans le savoir, parce qu’on les admire. J’ai pris certainement des choses chez Anne mais pas cette relation intime personne/animal… Je suis fascinée par les animaux, leur personnalité, leur façon de bouger, depuis que le monde est monde. Graphiquement, pour moi, c’est un plaisir de les dessiner. Quel enfant n’a pas imaginé que les animaux parlent, comme dans les contes qui depuis la nuit des temps commencent par «au temps où les bêtes parlaient». Avec les animaux je peux mettre en place des personnages essentiels à l’histoire, sans rentrer dans un schéma d’analyse du style «c’est sa mère» «c’est son mari» etc. Je leur donne une présence consciente.


La fantaisie préside à ta création, même quand tu parles du deuil, de la solitude, de la violence. D’où te vient ce goût pour cette approche non cartésienne des situations ?
Je supporte mal les lignes droites, elles ne me rassurent pas du tout. Je suis à l’aise avec le non-explicite, la magie, l’invisible (pas les fantômes, j’en ai peur !). On est sûr de deux faits : notre naissance, et notre mort qui surviendra on ne sait quand. Mon père est le champion des bobards, et grâce à lui j’ai cru à des choses débiles pendant longtemps. Le non-sens a toujours été très présent autour de moi, par la littérature : les portes vers d’autres mondes, le fond d’une armoire, les miroirs, les coffres, le sac de Mary Poppins. En Angleterre si vous dites que les fées n’existent pas, ni les gobelins, ni les elfes, on vous fusillera du regard et vous serez presque en danger de mort ! Je crois que c’est une partie de mon héritage. Je ne fais jamais de livre à thèmes, ils s’installent d’eux-mêmes. Les contes n’ont rien de rationnel, pourtant ce sont les histoires qui sont les plus proches de la vie. Quand je dis un conte à mon fils de 4 ans, il ne me regarde pas, il voit…

Propos recueillis par Claude André, librairie L’Autre Rive. Pour Citrouille.

11 mars 2008

Géraldine Alibeu

632579534.jpgGéraldine Alibeu Septembre 2004 pour le site Livres au Trésor

 

Conserver le premier trait


Ce qui frappe dans vos livres, c'est la simplicité du graphisme, bien sûr, mais surtout l'impression que vous créez des images au service d'une histoire et non pas pour elles-mêmes, que vous voulez avant tout raconter des histoires aux enfants.

C'est vrai, mais les histoires que je raconte passent d'abord par les images. Je privilégie leur enchaînement, ce qui se passe quand on tourne la page. J'aime que les images s'étalent sans être cernées par un joli cadre blanc, pour que le lecteur plonge vraiment dedans, qu'il soit pris dans leur imaginaire.
On lit plus lentement un livre sans texte, car on n'est jamais sûr d'avoir tout regardé ni d'avoir vu ce qui pourra peut-être servir par la suite. Dans La Course au renard, j'ai voulu la sobriété, en utilisant juste quatre couleurs. Je me suis concentrée sur le trait et l'expression des visages humains.

Il y a beaucoup d'expressivité dans ces visages…

On peut même dire qu'ils sont un peu déformés, pas très bien dessinés, mais ce qui m'importe c'est qu'ils expriment quelque chose même si objectivement, ils sont moches. L'histoire passe par leur expression. On peut deviner ce qu'ils pensent, s'ils sont inquiets, s'ils se posent des questions... Chacun a son caractère. Ils ne disent rien, alors on se demande ce qu'ils peuvent manigancer. Parfois on ne sait pas… J'ai simplifié les personnages : ce sont seulement des têtes et une espèce de corps emmitouflé, je ne me suis pas embêtée avec les jambes et les pieds. Je pourrais passer des heures à dessiner des visages.

Votre dessin est crayonné, très léger, toujours en mouvement, comme encore en train de se faire ; il laisse donc loisir au lecteur de le prolonger dans sa tête.

Je travaille au crayon à papier. Dans La Course au renard, c'est un tracé au crayon que j'ai scanné et travaillé à l'ordinateur. Mais le crayon est mis en valeur puisque les couleurs sont seulement des aplats, la matière n'est pas du tout travaillée. J'essaie de plus en plus de conserver mon premier trait : j'écris mes histoires dans des carnets de croquis. Je fais ma maquette, qui tient sur une page, et à partir de là, le livre ne va presque plus changer.

Vous avez réalisé deux petits films d'animation, il y a deux ans. Est-ce que cette expérience vous a permis d'aborder différemment la conception des livres ?

Oui, je ne travaille plus de la même façon. Je travaille les films au crayon de couleur, rapidement, et parfois j'ai envie de retrouver cette manière de faire pour illustrer mes livres. Mais je sais immédiatement si une histoire sera un film ou si elle sera un livre, car ce n'est pas du tout le même rapport au temps. Avec les histoires sans paroles, mes livres ont maintenant tendance à se rapprocher des films, car il n'y a pas trop d'ellipses ; cela me plait. Je suis un peu entre les deux en ce moment.

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