12 novembre 2008

Carte blanche à Marjolaine Pereira

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Marjolaine Pereira.jpgVotre nom et le nom de votre maison d’édition ? Marjolaine Pereira, responsable éditoriale aux Editions Millefeuille.

En quelques mots décrivez-nous votre parcours professionnel ? Après plusieurs années comme surveillante d’externat en lycée, puis adjointe au chef des travaux en Lycée des Métiers d’Art, j’ai enseigné comme professeur de Lettres Modernes dans plusieurs lycées. Les programmes d’enseignement étaient trop chargés pour me permettre un élargissement vers des découvertes plus culturelles, d’où une grande frustration. De là est né le besoin de redéfinir mon parcours professionnel.

Qu’est-ce qui vous a poussé à vouloir devenir éditeur ? Le goût pour l’histoire du livre, tout d’abord. Ensuite, le désir de partager des connaissances, des passions, et en particulier celle du livre, avec les plus jeunes et avec leurs parents. Et surtout, la définition de plus en plus précise d’un concept d’ouvrage, d’une ligne éditoriale autour du patrimoine pour les enfants, et l’observation d’un besoin de la part du public, qui a rendu impérieuse la création d’une structure éditoriale pour servir de support à ces projets.

Depuis quelle année existe votre entreprise ? Octobre 2005.

9782916742007.jpgComment est née votre maison d’édition ? Tout d’abord avec des idées, des projets, qui mûrissaient depuis des années sans avoir jusqu’alors pris vraiment forme. La rencontre avec un auteur, lui-même intéressé par le public enfant, et par la transmission de la connaissance du patrimoine, a quelque peu tenu lieu d’élément déclencheur. La rencontre avec Alain Serres, ensuite, lors d’une conférence professionnelle au CRDP de Rennes, pour la présentation de la genèse et de la ligne éditoriale des Editions " Rue du Monde ", a eu un rôle certain, également, dans la démarche de création de la maison d’édition. Enfin, c’est la rencontre avec les premiers auteurs et illustrateurs jeunesse ayant foi en nos projets qui a conforté notre décision de créer Millefeuille.

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(Extrait "Le Complot de Mortefeuille" Marjolaine Pereira et Christine Corniolo-Baillot, collection Les bombecs dans l'histoire)

3.jpgQue signifie le nom de votre maison d’édition ? Est-il en rapport avec votre ligne éditoriale ? Les Editions Millefeuille, du nom du gâteau, ont un rapport avec la " spécialité patrimoine " de la maison, qui veut donner aux enfants " le goût du patrimoine " (notre slogan).

En quelques mots, comment décririez-vous l’univers de votre maison d’édition ? Des albums chatoyants, aux textes exigeants sans pour autant être élitistes, illustrés aux techniques traditionnelles, qui sont réalisés en étroite collaboration entre auteur / illustrateur et éditeur, fruit d’une rencontre entre 3 sensibilités complémentaires.

Combien de personnes participent à cette aventure ? Nous sommes 3 " permanents " dans la maison d’édition, et une équipe d’une bonne dizaine d’auteurs et illustrateurs.

4.jpgComment commercialisiez-vous vos ouvrages ? Nous avons une commerciale qui effectue des tournées en librairies sur le Grand Ouest ; nous travaillons avec de nombreux sites du patrimoine dans toute la France ; nous sommes présents sur beaucoup de salons, de petites et grande envergure, pour nous faire connaître du public. Nos livres sont référencés sur les bases bibliographiques et commerciales utilisées par les libraires. Une boutique en ligne est en cours de réalisation pour compléter notre site. Nous effectuons des démarches en vue de trouver un diffuseur-distributeur cohérent avec nos ouvrages, notre démarche et notre public.

Selon vous, qu'est-ce qui fait vendre un livre ? Deux choses : hélas la pub (qui fait vendre un bon comme un mauvais ouvrage), et l’accompagnement, le conseil, qu’il vienne d’un libraire, de notre présentation en salon ou du bouche à oreille. Et à long terme, c’est la qualité qui va rendre pérenne une collection, un catalogue, qui va constituer un fonds.

9.jpgComment avez-vous rencontré les illustrateurs avec qui vous avez travaillé ? Presque tous via le net, soit par la découverte de leurs books ou blogs en ligne, soit par l’envoi spontané de travaux qui, s’ils n’ont pas nécessairement été édités, nous ont permis de faire connaissance avec leur " patte " et de leur proposer ensuite d’autres collaboration.

Racontez-nous comment se déroulent vos relations avec les auteurs/illustrateurs. En collaboration. Nous n’éditons presque jamais un projet tel qu’il nous a été proposé, car il faut que la ligne éditoriale, sa cohérence, son esprit, soit présente entre tous nos ouvrages. A contrario, la discussion est toujours présente avec nos auteurs et illustrateurs quant à ce que nous leur proposons, et ils nous donnent leur avis sur la maquette, le format, la collection etc., participant aussi à la définition du concept d’ouvrage, de sa mise en forme, de son originalité. D’autre part, auteur et illustrateur sont toujours mis en relation et, quand cela est possible, nous provoquons leur rencontre, ou du moins nous favorisons leurs échanges. Chacun a un droit de regard sur le travail de l’auteur.

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(Extrait "Le Médaillon de Suscinio" Marjolaine Pereira et Christine Corniolo-Baillot, collection Petit Pat') 

Comment choisissez-vous les projets que vous allez éditer ? Nous recevons presque aucun projet en lien avec le patrimoine, et devons donc imaginer nous-mêmes les ouvrages que nous voulons réaliser. De là, nous reprenons souvent contact avec les auteurs et illustrateurs dont le travail nous a séduit lors d’un envoi spontané, et leur proposons les projets qui nous semblent être pertinents par rapport à leur travail, et qui sont susceptibles de les intéresser. Ensuite, très souvent, eux-mêmes nous proposent de nouveaux projets, ayant compris quels projets étaient susceptibles de nous intéressés. Nous intéressent, de manière générale, les travaux professionnels, aboutis, construits, qu’ils émanent d’auteurs ayant une expérience d’édition ou non. Que ce soit dans l’écriture ou dans l’illustration, nous sommes sensibles à l’originalité, à la présence d’une vraie " patte ", d’un talent, cohérent avec les albums que nous publions habituellement.

1.jpgDu manuscrit à l’album. Combien de temps faut-il pour mettre un album au monde ? Le plus court délai est de 3 mois, quand il est impossible de faire autrement. Dans la majorité des cas, c’est un travail de 6 à 9 mois sur un album, le temps de le laisser mûrir, de prendre du recul, et de choisir le moment opportun pour le faire paraître.

À combien d’exemplaires imprimez-vous vos albums ? En général 3 000 ex., ou 2 000 ex. pour les thèmes d’ancrage plus local, ou moins " commerciaux ".

Face aux " grands éditeurs jeunesse ", qu’elle est votre politique commerciale ?

1. Le choix de la qualité dans le contenu et la forme de nos ouvrages, sur lesquels nous sommes très exigeants, vis-à-vis de la couleur (nous travaillons avec un photograveur), de la rigueur de la langue (nous travaillons avec un correcteur professionnel expérimenté), de la qualité de l’impression et du façonnage (nous assistons au calage et sommes très vigilants quant aux éventuels défauts de fabrication).

2. La clarté et la défense de l’originalité de la maison d’édition : nous affirmons nos choix de thèmes et de graphismes et refusons de nous plier à des " modes " de couleurs éteintes ou d’illustrations en volumes ou composées, dans lesquelles certains voudraient nous voir nous couler ; nous affirmons notre spécialité " patrimoine " par le choix des thèmes de nos albums et par la précision documentaire

Que trouvez-vous difficile dans le métier d’éditeur ?

1. De ne pas trouver beaucoup de passion chez de nombreux acteurs du livre. C’est un secteur peu rentable en tant que tel, et il est difficile de penser qu’on puisse durer sans passion…

2. D’être toujours le seul à prendre des risques. L’éditeur verse des à valoir pour assurer (ou rassurer) les auteurs, le libraire peut retourner les invendus, le diffuseur renvoie tous les exemplaires défectueux à l’éditeur et lui facture les retours… Et malgré cela, le travail de l’éditeur est totalement méconnu, ou alors remis en cause. Alors que c’est lui qui œuvre pour la diversité culturelle et risque le bouillon.

21.jpgDepuis votre lancement qu’elle a été votre plus grande satisfaction professionnelle ?

Elle vient (et revient) des salons. Ce sont de vrais moments forts et encourageants.

1. C’est le retour du public, et des enfants en particulier. Quand on vient vous dire, sur un salon " ce livre-là, c’est le livre de chevet de mon fils, j’en ai presque marre de le lui lire ", c’est une vraie satisfaction.

2. Aussi, quand les lecteurs eux-mêmes nous font connaître auprès de leurs propres contacts (autres lecteurs, ou même des points de vente). C’est là une belle preuve de reconnaissance.

3. Et enfin, quand les lecteurs hésitent longuement à choisir un de nos livres sur notre stand. Car cela veut dire que notre catalogue est homogène, cohérent, et qu’il trouve son public.

5.jpgQuelle est votre dernière sortie pour la jeunesse ? Le Secret des Orages, hors patrimoine. Un album écrit et illustré par Cécile Eyen qui s’adresse aux 3-6 ans. Le plus vieux projet de la maison d’édition… comme quoi, il faut se montrer patient !

Sur quel projet travaillez-vous actuellement ? Nous allons développer la collection " Patrimoine Maritime ", et continuer la collection " Les Bonbecs dans l’Histoire " (ouverte par Le Complot de Mortefeuille).

Dans cinq ans, comment voyez-vous votre maison d’édition ? Avec une équipe un peu plus nombreuse, pour former une " vraie " petite entreprise, à 4-5 personnes. Et avec un diffuseur, et une attachée de presse.

Avec quels auteurs ou illustrateurs aimeriez-vous travailler ? Beaucoup, bien sûr ! Quelques-uns inaccessibles pour l’heure, évidemment, mais, sait-on jamais ? Frédéric Pillot, Eve Tharlet, Anne Romby, pour ne citer qu’eux.

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(Extrait "Le Secret des orages" Cécile Eyen, collection Trampoline)

Vous déplacez-vous dans les salons et festivals jeunesse ? Beaucoup de petits salons locaux et régionaux. Quelques salons un peu plus grands (Quai des Bulles à Saint Malo, Festival du Livre Jeunesse de Rouen, Festival Interceltique de Lorient). Et en 2009, le Salon du Livre de Paris et la Foire de Bruxelles (Belgique) sur le stand Bretagne.

Une phrase (une devise) qui vous guide : Aucune. La foi dans tout ce que l’on entreprends, à 200%, sans quoi on ne le fait pas !

untitled.jpgSelon vous, qu’est-ce qui fait un bon éditeur ? A la fois un bon gestionnaire, et une personne très intuitive, qui saura composer et publier le " bon " livre, créer la " bonne " collection, dénicher le " bon " auteur ou illustrateur. Il n’y a pas de recette miracle, sinon cela se saurait… Je considère que lorsque le travail de l’éditeur est bien fait, on ne le voit pas, on l’oublie.

Quel livre, en littérature jeunesse, auriez-vous voulu éditer à la place d'un autre ? Aucun, ou alors tous. Il nous arrive régulièrement de découvrir chez d’autres des projets que nous n’avons pas désiré éditer, pour beaucoup de raisons, et que nous trouvons très réussis ainsi, que nous sommes contents de n’avoir pas publiés.

Un petit mot pour la fin ? L’édition est un monde passionnant, au sein duquel des rencontres extraordinaires se concrétisent. Et le métier d’éditeur, jamais facile – mais quel métier y a-t-il de " facile " ? – est un métier passionnant également. Si chacun des acteurs du livre, quelque soit son domaine et son " grade " dans la chaîne, était passionné par son métier, sincère et responsable, critique et réfléchi, l’édition fonctionnerait beaucoup mieux sans doute…

Votre Site et/ou Blog : Site (en cours) :www.editionsmillefeuille.fr Blog : http://editions.millefeuille.over-blog.com/

Une boutique en ligne verra le jour prochainement.

10 novembre 2008

Carte Blanche à Raphaël Baud

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Votre nom et le nom de votre maison d’édition ? Raphael Baud, créateur des éditions Chocolat ! Jeunesse

En quelques mots décrivez-nous votre parcours professionnel ? Je suis issu du graphisme et de la communication, activité que j’exerce depuis une douzaine d’années, en freelance depuis 7 ans.

COUV_VD.jpgQu’est-ce qui vous a poussé à vouloir devenir éditeur ? C’était un projet qui me trottait dans la tête depuis longtemps. Par mon métier j’ai une connaissance technique et surtout un intérêt marqué pour " l’objet " livre, sa fabrication. Etant aussi rédacteur, illustrateur et …papa, le métier d’éditeur jeunesse qui fait le lien entre tout cela, m’a toujours attiré.

Depuis quelle année existe votre entreprise ? Nous avons démarré officiellement en 2007, mais la sortie de nos quatre premiers titres, en octobre de cette année, marque notre véritable naissance.

Comment est née votre maison d’édition ? Tout s’est conjugué, l’an dernier, pour que le lancement se fasse : temps, financement, rencontres… la motivation était plus ancienne mais toujours intacte, je me suis donc lancé !

Que signifie le nom de votre maison d’édition ? Est-il en rapport avec votre ligne éditoriale ? J’avais envie en effet d’un nom qui exprime la simplicité et l’universalité, et puis ca évoque une possible variété, aussi. Et tout le monde aime le chocolat.

En quelques mots, comment décririez-vous l’univers de votre maison d’édition ? J’avais envie de défendre un univers avant tout poétique : des histoires simples, belles, lentes, servies par des graphismes très travaillés, très tendres. J’avais envie de conjuguer la beauté graphique à la simplicité du propos, de faire des contes légers et empreints d’une certaine magie, de merveilleux… L’univers de Miyazaki est une des références artistiques que je cite souvent, et qui réunit beaucoup de ces ingrédients.

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(Extraits de "La vieille dame qui rapetissait" Auteur et illustrateur Raphaël Baud)

Combien de personnes participent à cette aventure ? Je suis juridiquement le porteur du projet, mais je suis évidemment soutenu par beaucoup de proches, et plus particulièrement par quelques irréductibles, concernés directement par le monde du livre, et qui m’apportent un soutien très précieux.

Comment commercialisiez-vous vos ouvrages ? Nous avons eu la chance que Pollen Diffusion nous fassent confiance : ils ont accepté de nous intégrer à leur catalogue et s’occupent donc de notre diffusion, sur la France entière et en Belgique, en Suisse, au Canada.

Selon vous, qu'est-ce qui fait vendre un livre ? Le talent revêt de multiples formes, et il y en a pour tout les goûts. Dès lors je ne crois pas que ce soit nécessairement la qualité artistique qui fasse la différence, car si elle joue un rôle c’est une notion très subjective, dont la recherche est un objectif plus fondamental, plus profond. A mon sens ce qui fait la différence en terme de vente c’est, plus froidement, les actions de communication et de promotion, la visibilité apportée par la notoriété d’un auteur, les à-côté comme les actions auprès des scolaires, des médiathèques, et évidemment la presse…

Comment avez-vous rencontré les illustrateurs avec qui vous avez travaillé ? Essentiellement via Internet. Ce média permet d’explorer et de découvrir tout autant les travaux d’illustrateurs célèbres comme ceux des parfaits inconnus. Les liens publiés par chacun sont autant de passerelles entre des illustrateurs aux univers graphiques proches, ou complémentaires. C’est une véritable mine, et qui ouvre à une grande découverte, à la nouveauté, à la multiplicité des talents rencontrés au fil des pages.

COUV_SECRETS.jpgRacontez-nous comment se déroulent vos relations avec les auteurs/illustrateurs. Je contacte les auteurs comme les illustrateurs à partir du moment où leur univers me semble correspondre au mien , ou en tous cas à celui que j’ai envie de construire avec et grâce à eux. Je leur présente mon intention éditoriale, ma " vision ", je leur parle des influences graphiques et poétiques qui me poussent aujourd’hui. En général ça commence avec l’auteur, qui après cet échange va écrire une histoire, dont les seules contraintes sont d’ordre technique (nombre de signes, découpage des scènes…). Je n’impose aucune thématique, aucun ton. A partir de l’histoire qui m’est remise, je pars à la recherche de l’illustrateur ou de l’illustratrice qui va devoir s’approprier cette histoire, l’inscrire dans son propre univers. C’est la partie la plus intéressante : C’est à cet instant que se construit véritablement l’identité de ma maison d’édition : Chercher à définir un univers par la réunion de deux autres… Cet univers, né de la combinaison de toutes ces intentions, ne nous appartient plus, ni aux auteurs, ni à moi : il a alors sa vie propre…

Comment choisissez-vous les projets que vous allez éditer ? Au coup de cœur, comme beaucoup d’éditeurs je suppose… C’est vrai qu’il est difficile, voire hypocrite, de porter et de défendre un livre qui ne nous touche pas profondément.

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(Extraits de "Les secrets de Pétronille" Auteur: Fabienne Roulié, Illustrateur: Selma Mandine)

Du manuscrit à l’album. Combien de temps faut-il pour mettre un album au monde ? Cela dépend des illustrateurs surtout. Certains travaillent très vite, comme Selma Mandine que vous connaissez… D’autres ont besoin de plus de temps. Pour l’instant, sur nos quatre premiers albums, cela a pris entre 3 et 9 mois.

À combien d’exemplaires imprimez-vous vos albums ? 1500, sauf pour " Justine " qui est signé par le chanteur Aldebert, dont la visibilité médiatique nous a poussé à en faire un peu plus, 2500.

COUV_BIZARRE.jpgFace aux " grands éditeurs jeunesse ", qu’elle est votre politique commerciale ? Modestement, d’utiliser les mêmes armes qu’eux, même à moindre budget : Quoi qu’on en dise, la variété artistique proposée par les grandes maison est réelle, et les petits éditeurs ne peuvent pas se démarquer par le seul axe de la création, de l’innovation, de l’audace. La prétendue " déshumanité " des grandes maisons face à l’authenticité des indépendants me semble aussi une notion assez floue. Je crois surtout que les actions commerciales peuvent tout à fait cohabiter avec des intentions éditoriales et culturelles sincères : optimiser les coûts pour proposer des gammes de prix aussi abordables que possible, ne négliger aucun outil de communication, jouer de l’actualité médiatique, proposer aux lecteurs et aux libraires une gamme de produits qui aillent au delà du livre : des actions, des produits annexes gratuits, des partenariats, des ateliers dans les écoles…

Que trouvez-vous difficile dans le métier d’éditeur ? Le fait que les journées ne comptent que 24 heures… On s’imagine parfois (et moi le premier !) que le métier d’éditeur est tranquille, et se résume à lire des manuscrits en sirotant un verre dans une chaise longue. La réalité est toute autre ! c’est un travail extrèmement riche, varié, complet, et forcément épuisant par moments.

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(Extraits de "Mademoiselle Bizarre" Auteur: Raphaël Baud, illustrations: Sophie de la Villefromoit)

Depuis votre lancement qu’elle a été votre plus grande satisfaction professionnelle ? Elles sont nombreuses ! ça va être difficile d’en choisir une… Je vous citerai la dernière en date : J’ai rencontré une artiste de la " nouvelle scène française " la semaine dernière, et un projet de livre est en train de se mettre en place. Je ne vous cache pas que je suis très fier et heureux de cette collaboration, même si je ne peux pas encore vous dire de qui il s’agit ! À suivre !

Quelle est votre dernière sortie pour la jeunesse ? Notre dernière sortie est aussi notre première, vu notre jeune âge ! il s’agit bien sûr de nos quatre premiers livres : Justine ou le temps arrêté, Les secrets de Pétronille, Mademoiselle Bizarre, La vieille dame qui rapetissait.

Sur quel projet travaillez-vous actuellement ? Deux livres verront le jour début 2009 : Amédée et les araignées, un conte délicieusement angoissant signé Mathieu Sabarly, tout en alexandrins, et magnifiquement illustré par Yann Borgazzi, un graphiste absolument génial dont je ne suis toujours pas revenu… L’autre album est signé Régine Joséphine pour l’histoire (auteur jeunesse déjà abondamment publiée et qui a travaillé entre autres avec Selma Mandine), et qui raconte l’histoire d’une jeune chatte qui a peur de sortir la nuit. Ce conte absolument craquant sera servi par les crayons affûtés de Bérengère Delaporte et son style très vivant et dynamique.

Dans cinq ans, comment voyez-vous votre maison d’édition ? Odieusement riche ! Je plaisante… Je souhaite avant tout que notre intention première ne se soit pas dénaturée, et que nous ayons rencontré un succès suffisant pour continuer de produire de très beaux livres…

COUV_JUSTINE.jpgAvec quels auteurs ou illustrateurs aimeriez-vous travaillé ? Étonnamment, je n’espère aucune rencontre plus qu’une autre. J’aime au contraire me dire que notre plus grand succès viendra peut-être d’un album réalisé par d’obscurs inconnus, à qui je serai alors heureux d’avoir donné leur chance.

Vous déplacez-vous dans les salons et festivals jeunesse ? Oui, autant que possible. Nous avons participé —et participerons— à plusieurs salons dans notre région de Franche-Comté, mais également le salon de Lyon, celui de Montreuil, et d’autres prises de contact sont en cours.

Une phrase (une devise) qui vous guide : Peut-être cette phrase de Shelley : " La poésie immortalise tout ce qu’il y a de meilleur et de plus beau dans le monde ". Si les enfants referment nos albums avec ce sentiment léger et passager que le monde est beau, et que la vie est douce, j’aurai réussi quelque chose.

Selon vous, qu’est-ce qui fait un bon éditeur ? Une certaine foi en son métier, mais de la clairvoyance aussi.

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(Extrait de "Justine ou le temps arrêté" Auteur: Aldebert, illustrateur: Renaud Forestié)

Quel livre, en littérature jeunesse, auriez-vous voulu éditer à la place d'un autre ? Alice au pays des merveilles : " Je vous en prie M. Carroll, asseyez-vous, je vous sers un café ? "

Un petit mot pour la fin ? Bon appétit !

Votre Site et/ou Blog : http://chocolat-jeunesse.com/